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Rupture du ligament croisé: transformer une épreuve en opportunité

Rupture du ligament croisé:  transformer une épreuve en opportunité

Les ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) du genou chez les jeunes athlètes sont là pour rester. La science nous fourni de plus en plus d’outils pour faire de la prévention, mais certaines blessures resteront inévitables.

C’est une épreuve terrible pour l’athlète qui subit cette blessure, mais pouvons nous transformer cette épreuve en opportunité tout en limitant au maximum la durée de la période de réhabilitation?

Pour moi, la réponse est oui.

En voici un exemple:

Fin juin, la mère d’un athlète de 16 ans me contacte pour prendre en charge l’entrainement de son fils. Jeune joueur de hockey, fraichement repêché par l’Océanic, il veut être prêt pour ses camps d’entrainement fin août et profiter au maximum de sa dernière année au secondaire.

Petit problème : il s’est fait opérer pour une rupture du ligament croisé (LCA) en février. Il est donc 4 mois post-op et souhaite reprendre à 100% environ 6 mois et demi post-op.

La bonne nouvelle : il est motivé

La moins bonne : le timing est très serré

Ils me demandent donc si c’est possible.

Sachant qu’on compte normalement 9 à 12 mois avant un retour sécuritaire à 100%, ça semble impossible.

D’entrée de jeu, je leur dis que ce sera très difficile et que le délai est très court. On ne voudrait surtout pas précipiter les choses et prendre la chance de retourner sur la table d’opération.

Par contre, on ne perd rien à essayer. Dans un contexte où je suis avec lui à tous ses entrainements, rien ne nous empêche d’être un peu plus agressif et de progresser plus vite que prévu. Du moment qu’une étape sera franchie, on passera à l’autre. On coupera le plus possible les répétitions inutiles afin d’accélérer le protocole.

Il revient d’une rencontre chez son chirurgien. Tout est ok.

À 4 mois post-op le ligament croisé est physiquement réparé. On est encore loin d’un retour, mais la structure anatomique est en place et solide. Il faut solidifier tout ce qui le protège, mais surtout travailler l’innervation qui permettra de bouger de façon sécuritaire.

C’est parti !!

Le décompte est lancé. On se voit 3 fois par semaine et on a 7 semaines avant ses premiers camps.

On commence par l’évaluation. Rien d’anormal. Une bonne différence de contrôle et de grosseur entre les 2 jambes, mais rien d’inquiétant qui nous empêcherait d’avancer.

On met une croix sur le jogging.

Première questionnement du clan Voyer !!

Ils me disent que Ralph doit travailler son cardio pour avoir plus d’endurance sur la glace lors de ses camps.

Ma réponse :

« Si on met l’emphase sur ton cardio, tu ne seras probablement pas sur la glace. Tu as le choix : un bon cardio ou un genou fonctionnel ».

Pas besoin de vous donner sa réponse !!

Donc, pour une récupération rapide et un retour au jeu le plus tôt possible, il n’y a pas d’avantage à continuer. On garde le cardio pour la fin.

Pareil pour les mouvements lourds et lents. On garde ça pour plus tard.

Dès le premier entrainement, on commence avec des sauts. Toutes sortes de sauts. On les fait sous forme de circuit.

On respecte où il est rendu mais on progresse rapidement.

Au départ, c’est l’intensité qu’on augmente. Plus de hauteur, plus de force. On garde ça simple et maintient un temps de repos suffisant. Une fois que c’est acquis et que tout va bien, on augmente la difficulté des sauts mais on maintient l’intensité.

L’intensité est la clé

Ralph progresse rapidement. On commence à intégrer des accélérations lancées en s’assurant une décélération lente et contrôlée (normalement 2 fois plus longue que l’accélération). Ce n’est pas parfait mais pas non plus dangereux, alors on continue.

Le patron de course progresse rapidement. On augmente progressivement la longueur de l’accélération, qui se transforme tranquillement en sprint. Plus il court vite, plus il progresse dans l’ensemble de son entrainement.

On maintient un volume d’entrainement bas, mais une intensité élevée.

Un entrainement typique ressemble à :

  • Échauffement
  • Activation système nerveux
  • Accélérations
  • Sprints
  • Mouvements explosifs (2 exercices en général)
  • Mouvements de renforcement spécifique (un super set ou tri-série)
  • Travail d’ischio.

En plus des 3 entrainements au gym avec moi, il fait 2-3 entrainements par semaine à la maison pour son haut de corps et son core. Ces entrainements sont montés de façon à contrôler le niveau de lactate sécrété, donc de venir supporter l’entrainement fait avec moi. On optimise donc sa régénération.

Il recommence aussi progressivement à aller sur la glace. Il commence seul, puis sert de passeur dans des entrainements dirigés et sans que je m’en rende vraiment compte, il joue au hockey de plus en plus normalement.

Je l’averti : 

« Fais bien attention à ne pas te mettre en danger sur la glace. Même en arrêtant en cas de douleur, tu risques d’aller trop loin et de vraiment te refaire mal. »

Il m’écoute, mais pas tant que ça !!

Il a en tête d’être prêt pour ses camps, il se sent bien, donc ne voit pas vraiment de raison de se limiter et de faire particulièrement attention.

Le moment fatidique

6 mois et demi post-op, les camps commencent.

Ça ne se passe pas exactement comme il l’aurait voulu. Mine de rien, presqu’un an sans jouer ça paraît. Il se sent bien physiquement mais est rouillé.

Il réussit à faire 5-6 jours de camp Midget AAA avec pratiques à tous les jours. Il n’a malheureusement pas fait l’équipe, mais il se sent prêt pour sa saison.

On peut donc dire que les objectifs ont été atteints:

  • Il n’a peur de rien sur la glace
  • Il est plus rapide qu’il l’était avant son opération
  • Il est plus lourd
  • Il est plus fort

Tout cela a été possible grâce à :

  • Un investissement complet de l’athlète
  • Une confiance mutuelle entre l’entraineur et l’athlète
  • Une supervision serrée (3x/semaine)
  • Un cas relativement simple

Good job Ralph et bonne chance pour la suite !

La rupture du ligament croisé est malheureusement fréquente chez les jeunes athlètes. Il est primordial d’effectuer un suivi serré avec des professionnels qui ont l’expérience de ce type de blessure et de clientèle. Une bonne équipe constituée d’un physio et d’un kinésiologue qui travailleront en étroite collaboration est un réel avantage pour un retour sécuritaire au sport.

Déjà que de se blesser une fois est une épreuve difficile pour un jeune athlète, on veut éviter à tout prix une deuxième blessure similaire.

Pour plus d’information, lire les articles suivants ou communiquez avec nous.

Par Alexis Bertrand