BLOGUE

Le préparateur physique et le développement d’un jeune athlète

Le préparateur physique et le développement d’un jeune athlète

De nos jours, le développement d’un jeune athlète devient de plus en plus complexe.

Les avancées technologiques, les ressources disponibles, la multiplication des camps spécialisés et la structuration du sport de haut niveau de plus en plus tôt ont changé le contexte d’intervention des préparateurs physiques.

Il n’y a pas si longtemps, on s’attendait du préparateur physique qu’il rende les jeunes athlètes plus fort, et dépendant des sports, plus gros. C’était son rôle. Il gérait la salle de musculation et faisait des programmes.

Le reste du travail se faisait par l’entraineur de l’équipe et dans la vie de tous les jours. Les jeunes passaient plus de temps à l’extérieur en gang à faire tout et n’importe quoi, et moins de temps sur les appareils électroniques.

Aussi, ils avaient plus de temps par le passé pour faire d’autres activités comme du vélo ou jouer au hockey dans la rue comme les programmes sportifs étaient moins intenses.

Maintenant, c’est école, dîner rapide, autobus vers le sport-études, études, dodo.

Les préparateurs physiques ont donc dû s’adapter

  • Plus de volume = Plus de blessures
  • Spécialisation hâtive = Plus de blessures
  • Spécialisation hâtive = Lacunes motrices
  • Intensité plus élevée = Plus de blessures

Certains ont donc fait des choix

On garde l’ancienne méthode, ça marchait

On fait de la muscu, on cherche à être plus fort et plus gros et on diminue les charges pour ceux qui n’y arrivent pas. Souvent par manque de connaissance ou pour continuer à utiliser des méthodes qui ont fait leurs preuves par le passé, on se limite dans notre pratique.

On devient spécialiste en prévention des blessures

On ne prend plus de grosses charges et on met l’accent sur le renforcement, les patrons moteurs, la proprioception, la respiration, etc. On travaille les chaines croisées et s’assure un développement optimal.

On évite de trop charger par peur de rajouter un stress trop important sur un athlète déjà beaucoup sollicité.

On limite les « gros lifts » comme le risque de blessure est plus élevé. On les décortique en exercices plus simples qui permettent de travailler les mêmes muscles tout en chargeant moins.

En travaillant ainsi, on optimise la performance de l’athlète en travaillant ses lacunes et en lui permettant de s’exprimer plus librement.

Et si la solution se trouvait entre les 2?

Depuis toujours, on a tendance à se regrouper avec des gens qui ont les mêmes intérêts/croyances que nous. Actuellement, les médias sociaux amplifient ce phénomène en proposant toujours plus de contenu « pertinent » pour nous afin de nous garder accrocher.

C’est ce qui amène une polarisation dans plusieurs domaines, et l’entrainement n’y échappe pas.

Dorénavant :

  • Sois-tu utilises la méthode X, soit tu ne connais rien
  • Si tu n’utilises pas tel appareil, ton athlète n’y arrivera pas
  • Si tu n’as pas suivi une formation spécifique sur un sujet, tu ne peux travailler avec certains sportifs
  • Si tu fais faire du deadlift à un jeune de 14 ans, tu vas lui briser le dos
  • Etc…

Il faut sortir de ces débats réducteurs. Rien de précis n’est essentiel au développement d’un athlète. C’est l’ensemble du processus qui amène des résultats.

À mon avis, il y a 3 grands piliers dans le développement des athlètes

  1. Le développement de la force et l’hypertrophie
  2. La prévention des blessure / renforcement
  3. Le développement de la vitesse

C’est l’équilibre entre les 3 qui permettra à l’athlète de se développer de façon optimale et non l’usage exclusif d’un des 3.

J’aime bien dire que mon objectif est de rendre les athlètes avec lesquels je travaille plus résistant. Je trouve que ça englobe les 3 piliers :

  • Plus fort et plus gros
  • Mieux coordonné, plus stable, moins fragile
  • Plus vite

Chaque athlète doit pousser des charges qui s’approchent de son max

Évidemment, il y a un travail préalable à faire, mais ce travail doit être fait en ayant comme objectif d’amener l’athlète à lever plus lourd. Par exemple, quand on introduit un nouvel exercice plus complexe (gros lift), c’est pour :

Objectif #1 : Apprendre la technique

Objectif #2 : Charger

On doit se fixer un objectif, dans 2-3 ou 6 mois et ensuite faire ce qu’il faut pour y arriver. Le travail et fait en fonction d’un objectif précis. La planification se fait donc « à reculons ».

Une fois la technique maitrisée, on fixe un nombre de répétitions variables (ex : entre 8 et 12 reps) et on utilise le poids le plus lourd possible avec lequel on peut effectuer le mouvement avec une technique parfaite. Si 12 devient facile, on augmente le poids si la technique suit. Si 8 est trop difficile, on diminue le poids.

Faire des séries de 12 parce que c’est écrit dans le DLTA qu’à 14 ans tu dois faire des séries de 12, ça ne donne rien… Si tu veux progresser, tu dois t’approcher de tes limites, et ce, de façon sécuritaire.

C’est en travaillant ainsi qu’on développe de la force et de la masse musculaire.

Chaque athlète doit aussi travailler ses lacunes

C’est en travaillant ses lacunes qu’on permet à l’athlète d’exprimer son plein potentiel. Un athlète sera toujours limité par ses lacunes. Ce sont ses faiblesses qui risquent de l’empêcher de percer au niveau souhaité.

À quoi bon essayer de squatter 200 livres si l’athlète n’arrive pas à tenir debout sur un pied les yeux fermés ou à faire un bond et atterrir de façon stable?

Il faut commencer par la base.

C’est intéressant de proposer des exercices afin de diminuer les risques associés à certains sports. En fait, c’est LA façon de faire quand tu travailles avec un gros groupe ou une équipe. Par contre, c’est encore plus intéressant de diminuer les risques associés à un athlète en particulier en travaillant spécifiquement avec lui.

Une bonne évaluation, un échauffement spécifique en lien avec cette évaluation et un entrainement centré sur l’athlète et orienté vers le sport sont les clés pour garder un athlète en santé.

C’est là que les exercices de coordination, de respiration, de proprioception, etc. prennent toute leur place. Ces exercices sont nécessaires, mais ne doivent pas représenter la majorité de l’entrainement.

Il est aussi possible de se servir de combinaison d’exercices pour arriver à nos fins et travailler en force/hypertrophie et en renforcement/contrôle moteur. Voici quelques exemples que j’aime bien utiliser :

Mouvement d’isolation en rouge VS travail des mêmes muscles mais combiné à un travail de gainage
Tirage classique en rouge VS Bird dog row qui combine le tirage avec un travail du fessier et du core
DB press classique en rouge VS DB un bras qui sollicite davantage le core
Fentes marchées classiques en rouge VS Fentes avec KB aux épaules qui sollicitent davantage le core et les épaules

Chaque athlète doit sprinter, peu importe le sport, peu importe l’âge

Le sprint est un exercice incroyable dans le développement d’un jeune athlète. C’est l’ingrédient essentiel qui relie les 2 autres piliers et permet d’optimiser le transfert des gains acquis en préparation physique vers l’activité sportive.

Il est impossible en musculation de créer une tension aussi importante dans le muscle que lors d’un sprint. Plus un athlète sera vite, plus il sera fort.

En sprintant, on travaille le système nerveux central, ce qui a pour effet de :

  • Augmenter la force
  • Augmenter la vitesse
  • Améliorer la coordination
  • Améliorer la qualité de mouvement

Donc, est-ce qu’on doit faire sprinter une jeune golfeuse de 16 ans à l’entrainement?

  • Oui

Pourquoi?

  • Voir tous les points précédents

Mais une golfeuse ne court jamais.

  • Effectivement, mais voir tous les points précédents…

Ceci étant dit, ça ressemble à quoi une séance d’entrainement pour un jeune athlète avec moi?

  1. Échauffement spécifique à l’athlète : exercices « correctifs »
  2. Coordination : souvent sous forme de bonds / plyométrie basse, mouvement « d’animaux » ou l’utilisation de balles
  3. Activation du CNS « primer moves » : Dumbell snatch, Med Balls, etc.
  4. Accélérations/sprints
  5. Musculation lourde (pour vrai… !!)
  6. Exercices de renforcement plus spécifique

Qu’en est-il du cardio ou conditioning?

Personnellement, je considère qu’une grande partie des athlètes en font assez, voire trop dans leur discipline et ne vois pas souvent l’intérêt d’en ajouter lors de nos séances.

Pour les sports d’endurance, la question ne se pose pas, ils ne font à peu près que ça.

En sport collectif, c’est aussi une partie importante des entrainements. Les entraineurs doivent s’assurer que l’ensemble de leurs athlètes a un niveau suffisant pour répondre aux exigences du sport.

Donc quand un athlète investit temps et argent pour s’entrainer avec moi, je m’oriente vers ce qui aura le plus d’impact sur sa performance, et le cardio fait rarement partie des priorités. Pour ceux qui en ont réellement besoin, je leur fais une prescription à faire par eux-mêmes.

Est-ce idéal? NON.

Par contre, je préfère largement laisser un jeune athlète courir ou faire du vélo par lui-même que de s’entrainer seul en musculation.

Vous aurez donc compris que d’optimiser le développement d’un jeune athlète est souvent un casse-tête assez complexe !! C’est une question de dosage, de détails.

Malgré tout ce qui est mentionné ci-haut, la clé se trouve sans doute ailleurs.

Il ne faut pas négliger la communication et la confiance. L’athlète doit être au centre de tout, mais tous les partis qui gravitent autour (entraineur, préparateur physique, spécialiste, physio, parents, etc) doivent travailler ensemble et se faire confiance pour permettre à l’athlète de bien évoluer.

Vous avez besoin de conseils ou voulez améliorer votre développement athlétique ou celui de votre enfant, faites-nous signe.

Alexis Bertrand
Kinésiologue